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 Par Eric Dor

23 avril 2009

L’économiste Eric Dor, Directeur de la Recherche à l’IESEG de Lille, fait le le point sur la situation du système bancaire européen, pour lequel il estime que les pertes pourraient s’élever à 1600 milliards de dollars, dont 900 milliards pour la seule zone euro. « Loin d’être moins critique que celle de leurs concurrentes américaines, les banques européennes sont dans une situation assez périlleuse en raison de facteurs structurels qui leur sont particulièrement défavorables, » juge-t-il, en souligant leur « plus forte exposition aux pays émergents » que leurs concurrentes américaines et japonaises, leur retard dans la constatation des pertes, ainsi qu’une « exposition très forte aux actifs toxiques américains. »

Par Eric Dor, Avril 2009 (extraits)

Si la conjoncture mondiale continue à se dégrader, et d’après nos nouvelles estimations, les pertes totales des banques depuis le début de la crise pourraient s’élever à 4508 milliards de dollars sur des actifs originaires des Etats-Unis, et 898 milliards de dollars sur des actifs originaires d’autres parties du monde. Les parts de ces pertes supportées par les banques américaines et européennes s’élèveraient à 2212 et 1607 milliards de dollars respectivement.

Dans quelle situation sont les banques européennes ?

Loin d’être moins critique que celle de leurs concurrentes américaines, les banques européennes sont dans une situation assez périlleuse en raison de facteurs structurels qui leur sont particulièrement défavorables.

Une taille importante relative à celle de leurs pays

Le total des actifs des banques de la zone euro s’élève à 25000 milliards d’euros, c’est-à-dire 2,7 fois le produit intérieur brut annuel de la zone. Ce montant ne comprend que leurs établissements de la zone euro et exclut les filiales des banques de la zone euro qui se situent en dehors de la zone (Europe de l’Est, Etats-Unis, ...).

Pour l’ensemble de l’Union Européenne, le total des actifs des banques atteint plus de 41000 milliards d’euros.

Des ratios de leverage beaucoup trop élevés

A la mi 2008, le « leverage ratio » s’élevait à 83 pour Hypo Real Estate Holding, 64,4 pour Dexia, 59,1 pour Deutsche Bank, 48,8 pour ING, 46,9 pour UBS, 40,5 pour le Crédit Agricole, 39,3 pour Commerzbank, 36,1 pour BNP, 33,4 pour le Crédit Suisse, 33,3 pour Fortis, 30,3 pour la Société générale, ...

Une plus forte exposition aux pays émergents

Le portefeuille de prêts aux pays émergents des banques européennes, de 2.550 milliards d’euros, dépasse de loin celui de leurs concurrentes américaines et japonaises. Les banques de l’Union Européenne sont exposées à hauteur de 1400 milliards de dollars au risque de l’Europe de l’Est (certains analystes montent jusqu’à 1600). Les banques autrichiennes, italiennes, françaises, belges, allemandes et suédoises détiennent 84% de ces prêts.

Un retard important dans la reconnaissance comptable des pertes

Goldman Sachs, le 25 mars 2009, a évalué les pertes potentielles des banques de la zone euro à 922 milliards d’euros, représentant 10,1% du PIB de la zone euro, en tenant compte de leur exposition à des prêts à l’Europe centrale et orientale et aux actifs toxiques émis aux Etats-Unis. Sur ce montant estimé, un tiers environ (346 milliards d’euros) aurait déjà été reconnu comptablement, ce qui revient à dire que les banques de la zone euro auraient encore plus de 584 milliards d’euros de pertes à déclarer. C’est un scénario de base, les pertes potentielles pouvant doubler dans le scénario le plus pessimiste.

D’après les données d’Agefi publiées en mars 2009, Les banques européennes ont déjà reconnu 234 milliards d’euros de pertes depuis le début de la crise. Les fonds propres des banques européennes ne sont valorisés comptablement qu’à 1.000 milliards d’euros, après prise en compte des nouveaux apports en capitaux de 293 milliards d’euros, dont la moitié apportée par les Etats.

Ces estimations sont compatibles avec celles d’autres publications. En janvier Bloomberg évaluait ainsi les dépréciations déjà actées comptablement par les banques européennes à 296,9 milliards de dollars, et les augmentations de leur capital à 333,4 milliards de dollars. Goldman Sachs a estimé récemment que les banques de la zone euro auraient déjà déprécié des actifs à leur bilan pour un montant équivalent à 346 milliards d’euros, soit 3.8% du PIB de la zone : 117 milliards d’euros (1.3% du PIB) en provisions pour des pertes sur leurs prêts, 109 (1.2% du PIB) en dépréciation de titres, et 120 milliards d’euros (1.3% du PIB) en Foreign recognitions. Elles pourraient encore être amenées, d’après la banque, à déprécier des actifs pour 569 milliards d’euros (6% du PIB de la zone).

Le total des pertes sur actifs des banques de la zone euro s’élèverait donc à 915 milliards d’euros (10% du PIB de la zone) dont 528 milliards dans leurs établissements de la zone euro et 387 milliards dans leurs filiales en dehors de la zone euro. Les pertes des établissements localisés dans la zone se répartissent en 343 milliards sur des prêts domestiques, 76 milliards sur des prêts à des débiteurs étrangers, 57 milliards sur des actions, et 52 milliards sur des instruments de dettes. Les pertes des filiales extérieures sont concentrées surtout dans les filiales américaines pour 310 milliards d’euros et l’Europe Centrale ou Orientale pour 77 milliards d’euros.

Un niveau d’endettement des entreprises trop élevé

Dans l’Union Européenne, les dettes des entreprises s’élèvent à 95% du produit intérieur brut total de l’Union, contre 50% aux Etats-Unis. Ce niveau d’endettement élevé des entreprises est préoccupant en période de récession économique durant laquelle le risque de défaut s’accroît significativement.

Une exposition très forte aux actifs toxiques américains

Selon la Banque des Règlements Internationaux, 20% des établissements bancaires situés aux Etats-Unis sont des filiales de banques de la zone euro. D’après le FMI, l’exposition des banques européennes aux actifs toxiques américains aurait atteint 75% de celle des banques américaines elles-mêmes. Or les banques des Etats-Unis ont déjà procédé à des dépréciations comptables pour quelque 738 milliards de dollars alors que les banques européennes n’auraient encore reconnu que 294 milliards de dollars de dépréciation.

Une exposition trop élevée aux risques de contrepartie sur les CDS

AIG avait vendu des CDS aux banques européennes pour les couvrir contre le défaut de paiement de plus de 300 milliards de dollars de crédit qu’elles avaient accordé (sur un total de 500 milliards couverts par les CDS émis par AIG. Cette information provient de l’annexe K- 10 du rapport annuel d’AIG. La faillite d’AIG aurait eu un effet dévastateur sur les banques européennes.

Un environnement institutionnel qui rend difficile de trouver une solution globale

L’intégration des marchés financiers européens exclut des solutions purement nationales mais dans le même temps l’état actuel des institutions rend difficile une action européenne coordonnée pour assainir le secteur bancaire. Comme aux Etats-Unis, il y a certainement en Europe de grandes banques susceptibles d’être en insolvabilité technique. L’environnement légal et politique ne permet pas de dupliquer en Europe les solutions inventées aux USA, particulièrement l’action coordonnée entre le Trésor américain, la FDIC et autres autorités de régulation bancaire, et la Federal Reserve. En Europe, il faut réussir à déployer une action coordonnée, et juridiquement fondée, entre l’Eurosystème, composé de la BCE et des anciennes banques centrales des pays de l’UEM, les autorités de régulation bancaire de chaque pays de l’union monétaire, et les gouvernements de chacun d’eux.

La situation se compliquerait encore si le sauvetage d’une banque européenne aux activités transfrontalières exigeait une coordination entre pays de la zone euro et pays hors zone euro. Le souhait de certains gouvernements d’assouplir les normes comptables pour l’évaluation des actifs toxiques, comme l’ont fait les Etats-Unis, ne peut conduire qu’à cacher temporairement les situations d’insolvabilité technique, sans apporter de solution réelle au problème. Ces inquiétudes vis-à-vis de la capacité des institutions européennes à résoudre des problèmes économiques systémiques explique partiellement l’appréciation du dollar vis-à-vis de l’euro.

A quelle évolution conjoncturelle les banques sont-elles confrontées ?

L’effondrement de la demande aux Etats-Unis

Contrairement à ce que certains avaient cru, la construction résidentielle continue à s’effondrer aux Etats-Unis. Les mises en chantier de logements et les permis de construire délivrés aux Etats-Unis se sont effondrés en mars 2009, chutant de 10,8% et 9,0% respectivement, après leur rebond inattendu du mois précédent. Le volume des permis de construire délivrés a ainsi atteint son plus bas niveau depuis le début de la publication de cette statistique en 1960. Sur un an, la baisse du nombre de permis délivrés en mars atteint 49,5%. Cette rechute des permis octroyés intervient alors que la reprise des marchés de l’immobilier et de la construction est considérée comme l’une des clefs de sortie de la crise. Depuis le début de la crise printemps 2007, le patrimoine net des ménages américains a fondu de 20%, ou 12 900 milliards de dollars. Les conséquences sur la demande des ménages sont dévastatrices.

Les ventes au détail ont rechuté de 1,1 % en mars 2009, et la production industrielle du même mois a été à nouveau en recul de 1,5 %. La production industrielle a ainsi enregistré un cinquième recul mensuel consécutif. Fin mars 2009, la production des entreprises industrielles aux Etats-Unis était inférieure de 12,8% à son niveau de mars 2008. Son niveau est revenu à celui de 1998 ! Le taux d’utilisation des capacités industrielles dans le pays est tombé à 69,3% (contre 70,3% en février), son plus bas niveau depuis le début de la publication de cette statistique en 1967.

Le risque de déflation se concrétise. Les prix de détail ont baissé en mars 2009 aux Etats-Unis, affichant leur premier recul annuel depuis presque 55 ans. Cette contraction des prix de détail suit celle de 1,2% des prix à la production. Les prix de l’énergie ont baissé de 3% en mars après une hausse de 3,3% le mois précédent. Ils sont inférieurs de 23% à leur niveau d’il y a un an.

De manière générale le ralentissement de la chute de l’activité, suggérée par certains indicateurs, est tout-à-fait normal après plusieurs trimestres de récession, mais est insuffisant pour indiquer une reprise imminente de la croissance. L’activité se contracte encore, mais à un rythme moins rapide. Le risque principal est une stabilisation de l’activité à un niveau bas, très en deçà du plein-emploi, pour de nombreuses années, en raison du surendettement des agents économiques, de l’insolvabilité du système bancaire et de la stagnation du commerce extérieur.

La récession se poursuit en zone euro

La production industrielle de la zone euro a baissé de 2,3% sur un mois en février 2009, mais de 18,4% par rapport à février 2008, ce qui constitue une chute record depuis 1990. L’indice du sentiment économique a atteint un nouveau point bas historique dans l’UEM à 64,6 en mars 2009, contre 65,4 un mois plus tôt. La confiance des patrons continue à baisser dans l’industrie comme dans les services. Les carnets de commandes s’effondrent et les stocks d’invendus se gonflent.

Les ventes de nouvelles voitures au premier trimestre 2009 ont été inférieures de 17,1% à celles du premier trimestre 2008 dans l’Union Européenne. La baisse a atteint 64,9 % en Irlande, 64,2% en Estonie, 43,1% en Espagne, ... Les pays qui ont accordé des primes à la casse généreuses s’en tirent évidemment mieux que les autres. L’Allemagne a ainsi une croissance positive, comme la Pologne, des ventes de voitures neuves, de 18 %, ce qui est exceptionnel, et la France a limité la baisse à 3,9%. La dégradation de l’activité se poursuit dans la plus grande économie de la zone. Le Fonds monétaire international prévoit pour l’Allemagne une chute du Produit intérieur brut de 5% en 2009.

La croissance des prix à la consommation en zone euro a baissé jusqu’à ne valoir que 0,6% sur un an en mars 2009. C’est la plus faible inflation enregistrée depuis le lancement de l’euro en 1999. Les analystes s’attendent à une inflation négative dans quelques mois. En France, les transactions immobilières et les prix associés sont globalement en baisse, même si les taux d’intérêt se réduisent pour les crédits associés. En France le taux d’intérêt moyen sur les prêts immobiliers à 20 ans à taux fixe est orienté à la baisse, avec un niveau de 4,45% en avril 2009 contre 5,40% en octobre 2008, au sommet de la crise de liquidité. Ce mouvement a été favorisé par la baisse du principal taux directeur de la BCE, ,passé de 4,25% en octobre 2008 à 1,25% en avril 2009. Par contre les conditions de crédit continuent à être très restrictives pour les PME, et même pour les grandes entreprises.

L’Espagne est un des pays européens où la récession est la plus intense. En Espagne le taux de chômage devrait atteindre 17,1% en 2009 et 19,3% en 2010. Le taux de chômage espagnol a déjà atteint, en février 2009, 15,5% de la population active, soit le taux le plus élevé des pays de la zone euro et presque le double du taux de chômage moyen de l’Union européenne (7,9%). La crise du secteur immobilier, moteur de l’économie espagnole, s’aggrave. La baisse des prix de l’immobilier s’accélère en Espagne, les prix observés au premier trimestre 2009 ayant chuté de presque 7% en rythme annualisé. Les ventes immobilières de janvier 2009 étaient inférieures de 39% à celles de janvier 2008. Il y a, en avril 2009, un million de logements neufs inoccupés. L’absorption de ce stock prendra au moins 3 ans.


Publication originale IESEG School of Management (LEM-CNRS, Université Catholique de Lille). Article communiqué par M. Eric Dor.

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