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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 21:44


Taourirt Mimoun 14 h. Une fournée de jeunes emmitouflés dans leurs canadiennes causent allègrement dans un abribus à l’abri de la pluie. Au dessus de leurs têtes trônent une rangée d’affiches du FFS floquées d’un carton rouge.

 

« J’aime mon pays donc je boycotte », peut-on lire dans tous les coins et recoins d’Ath Yanni. Message entendu ? Pas si sûr. Juste en face, Djamila presse le pas vers l’école primaire pour glisser son bulletin dans l’urne. Elle s’arrête devant un mur tapissé des affiches du parti d’Aït Ahmed. « Oh, carton rouge ! », s’exclama-t-elle, tout sourire. « Oui, je vais aller voter… vous savez, je n’ai pas trop le choix, je travaille donc je dois voter, sinon… !" Sinon quoi ? « Si j’étais femme au foyer, je n’aurais jamais voté mais, voyez-vous, je suis fonctionnaire… », précise cette institutrice. Au pays de Mouloud Mammeri, jadis fief du FFS, les citoyens semblent découvrir une realpolitik propre à la Kabylie. On vote pour éviter les problèmes. On vote aussi dans l’espoir de récolter quelques dividendes sociaux. En ce début d’après-midi pluvieux, ce n’est pas le rush des électeurs, mais les animateurs de la permanence de Bouteflika se frottent les mains. Ils ne font pas la fine bouche, même avec ce modeste taux de 11,34 % enregistré jusque-là. « Vous savez, d’ici à ce soir, il va atteindre 40% ! », lance, euphorique l’un des supporteurs « Flniste » de Boutef à Ath Yanni. Son collègue se fait fort d’annoncer un taux de 21,79% dans la commune d’Ahmed Ouyahia, Iboudrarène. Et de renchérir : « N’était le mauvais temps, on aurait fait nettement mieux. » Mais à voir ces petits groupes de jeunes désœuvrés « tuer » le temps à parler de tout et de rien, on s’aperçoit que les préoccupations sont ailleurs que dans le vote ou le boycott. « Qu’est-ce qui va changer si je ne vote ou pas ? » Cette formule revient invariablement dans la bouche de tous les jeunes que nous avons sondés en Haute-Kabylie. Ramdhane, que nous avons pris en autostop, est obligé de se déplacer tous les matins de Tizi Rached jusqu’ à Azazga où il tient un café maure. « Je n’ai pas le choix, je dois nourrir mes deux enfants, mais je ne crois pas plus au vote, ce sont les mêmes qui reviennent… », assène-il, fataliste. Azazga, haut-lieu du printemps noir 2001. Un portrait géant de Bouteflika accroché sur la façade du représentant local d’un concessionnaire automobile plante un faux décor. La ville respire la sérénité proclamée dans l’affiche en cette matinée maussade. A l’école primaire située juste en face, le chef du centre de vote hésite à nous communiquer les chiffres du premier sondage de 10 h. « Voyez avec la commune, je n’ai pas d’instruction », s’excuse-t-il poliment. Mais l’un des préposés au bureau nous souffle un taux de… 1,15%. Un chiffre que nous avons confirmé à la commission locale de surveillance. De temps en temps, des personnes du troisième âge s’avancent clopin-clopant vers les deux bureaux de vote. La vacuité des lieux est telle que les animateurs quittent même leurs bureaux pour discuter entre eux. « Ecoutez, quand je mets sur la balance le dossier des harraga et le bilan comptable de Bouteflika, il y a un déséquilibre flagrant ! », dit Kamel, un cadre de la finance. Pour lui, la déclaration de Bouteflika, à savoir qu’il ignorait l’origine de la crise de Kabylie, s’apparente à « un deuxième assassinat des 124 jeunes ». Pour Kamel la cause est entendue : « Niet ! »

  
                                

Zizou joue pour Bouteflika à LNI

En ville, Azazga, cette belle ville aux magnifiques cafés et restaurants, coule une journée très… cool. Tous les commerces sont ouverts et les gens vaquent tranquillement à leurs affaires. Côté visuel, Boutef est maître incontesté des lieux. Seul un fourgon orné des portraits de Louiza Hannoune rappelle qu’il y a aussi (eh oui !) des concurrents au candidat président. Nous quittons Azazga direction Larbaâ Nath Irathène, en empruntant les chemins qui montent. Surprise ! Ici, Zinedine Zidane fait campagne pour Bouteflika… Une banderole originale montrant Boutef remettre un cadeau à Zizou tient le haut de l’affiche. Mouloudj Rabah, membre du directoire de campagne de Bouteflika, est fier d’avoir « arraché » cette affiche à Abdelmalek Sellal. « Elle est belle… ! », s’exclame-t-il, en militant du FLN convaincu. Rabah est la « star » de ce jour de vote au pays d’Abane Ramdane. Tout le monde le salue, lui le représentant de Bouteflika. C’est un peu l’homme qui peut vous régler un problème, croient beaucoup de jeunes. Samir, ingénieur informaticien, lui tend une petite carte intitulée « Carte de soutien » aux couleurs de l’emblème national. Il lui réclame un cachet authentifiant son soutien. « Ce sont des jeunes qui nous soutiennent dans la campagne, nous en avions distribué 30 000 au niveau de Tizi Ouzou. » C’est quoi ce soutien ? Une fois Rabah engouffré dans sa permanence, Samir accourt vers nous et glisse ceci : « Je ne suis un partisan de Bouteflika, c’est juste que je suis ambitieux. Avec cette carte, je vais pouvoir me caser ! » Mais en langage des chiffres, force est de relever que la méthode n’a pas trop réussi ici à l’antique Fort-National. Seuls 11,71 % des 17 970 inscrits ont jugé utile de glisser le bulletin dans l’urne. Mais le sympathique Rabah ne perd pas espoir que son candidat rafle la mise en début de soirée. Il se félicite également « qu’il n y a eu aucun empêchement ni affrontement ».

 

Les « zones grises » ont pris d’autres couleurs en marche vers son nouveau destin estampillé au résultat de Tizi Ouzou (30,88%) et de Bejaia (29,42%). Le tout Bouira (66,31%), transfiguré par quelques actes de destruction des urnes et des « perturbations » relevées dans certains bureaux de vote, n’en fait pas moins bonne figure.

 

Source :El Watan

 

 

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